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Les prêts toxiques du mercato

 
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Lydéric
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MessagePosté le: Dim 9 Aoû - 08:06:02 (2015)    Sujet du message: Les prêts toxiques du mercato Répondre en citant

Les prêts toxiques du mercato

Grégory SCHNEIDER et Licia FOUDALA

DÉCRYPTAGE Les clubs français, en pleine crise économique, ont de plus en plus tendance à se prêter des joueurs. Une gestion de court terme qui précarise les footballeurs et pervertit la compétition en championnat.

Le championnat de France de Ligue 1, qui débute vendredi soir avec un déplacement du triple champion de France parisien à Villeneuve-d’Ascq (Nord) pour y affronter le Lille OSC, ressemble à un tableau du peintre néerlandais du XVe siècle Jérôme Bosch : une humanité s’entre-déchirant tout en tendant une main vers le ciel dans l’espoir fou d’arracher quelques dollars. La crise frappe : plus de 300 millions d’euros de déficit cumulés pour la Ligue 1 malgré quelque 115 millions d’abandon de créances des actionnaires pour la seule saison 2013-2014.

Les transferts de la survie

Le paysage est ravagé. Gendarme financier de la Ligue pro, la Direction nationale du contrôle de gestion (DNCG) a contraint durant l’été le recrutement de la moitié des clubs de Ligue 1. Deux d’entre eux, le Sporting Club de Bastia et l’Espérance sportive Troyes Aube-Champagne, ont même connu le désagrément d’une relégation administrative provisoire faute de garanties financières pour la saison à venir, le défenseur corse François Modesto se fendant dans l’Equipe de cette maxime éclairée : «On ne va quand même pas se plaindre de l’existence de la DNCG ; c’est grâce à elle que les footballeurs professionnels de Ligue 1 sont payés tous les mois.» Ce qui situe assez précisément la confiance qu’ont les joueurs quant à la solvabilité de leurs employeurs si on les débarrassait d’une instance de contrôle.

Les Corses ont été sauvés sur un coup, un seul : le Montpellier Hérault leur a pris le milieu de terrain Ryad Boudebouz pour 1,7 million, Bastia s’en est sorti là-dessus. Quant aux Troyens, l’AS Monaco s’est fendu d’un truc qui, quand on y pense, est extraordinaire : ils ont payé 2 millions d’euros pour l’attaquant Corentin Jean, avant de le prêter dans la foulée… à Troyes, c’est-à-dire que le gamin n’a même pas pris le train. L’argent valse sans contrepartie physique : la porte ouverte à toutes les fenêtres, comme dirait l’autre. On peut - et on doit - se poser la question de la viabilité d’un championnat où certains clubs en sauvent d’autres, censément concurrents.
Le gré à gré contre le marché

Ces pratiques remettent surtout en cause la notion de club entendu comme l’expression de moyens financiers donnés, d’un terroir - même si les joueurs viennent de partout, le lien subsiste à travers la formation - et d’un savoir-faire, ces deux éléments créant une forme d’identité. Pour faire venir des joueurs sans avoir les moyens de les acheter sur le marché des transferts, un club de Ligue 1 n’a pas trente-six solutions : il doit recourir à des prêts, payant ou non. La plupart du temps, le club prêteur assure une partie du salaire du joueur. Parfois, il règle même 100 % de la note.

Ça arrive notamment dans les cas où le club prêteur est infiniment plus riche que le club où atterrit le joueur : lors de la saison 2013-2014, le RC Lens, alors en Ligue 2, a ainsi eu le bonheur de se voir prêter le gardien Alphonse Areola, sous contrat avec le Paris-SG. Areola ayant à lui seul permis aux Artésiens d’accéder à la Ligue 1, les Lensois étaient ravis, le Paris-SG aussi (en éprouvant son talent aux réalités de la compétition, Areola a grandi sportivement). Le club de Nancy, quatrième de Ligue 2 et qui serait monté si Lens était resté à quai, a hurlé sans que personne ne l’entende : si le copinage et les relations entre clubs se substituent au marché, la voie est libre pour une filialisation qui ne dit pas son nom, alors que les équipes coexistent dans le même championnat et jouent les unes contre les autres contre l’autre deux ou trois fois par an.
Entre le tuyau et la vitrine

Avec le plongeon économique des clubs, les prêts ont prospéré dans des proportions inédites. On en comptait 51 à l’été 2013, soit trois fois plus qu’en 2011. Et à trois semaines de la clôture du mercato, on en dénombre déjà 39. Du côté des clubs qui se font prêter les joueurs, c’est la survie qui pousse à agir et à basculer dans une stratégie à court terme : un joueur est en effet un actif (y compris financier sur le plan légal) pour le club qui l’a sous contrat, le but étant de rentabiliser et de faire progresser cet actif dans le temps. Un joueur en prêt est au contraire condamné à être efficace rapidement, l’éventuelle plus-value échappant au club dont il porte le maillot le samedi. «C’est la merde», nous expliquait cette semaine le milieu de terrain suisse de Rennes Gelson Fernandes, sous contrat en Bretagne après avoir balayé la moitié de l’Europe en tant que joueur prêté. «Si tu n’es pas bon tout de suite, l’entraîneur n’insiste pas. Et dès qu’il n’a plus besoin de toi, parce qu’un mec revient de blessure par exemple, tu sautes. Et tu n’existes plus.»

Une précarisation dont le club prêteur s’accommode. En Ligue 1, ce mode de gestion est particulièrement utilisé par l’AS Monaco : 11 des 39 joueurs prêtés sont en effet sous contrat avec le club de la principauté. Qui a la particularité - mais il n’est pas le seul dans l’Hexagone non plus - d’être sous l’influence directe d’un agent, le Portugais Jorge Mendès dans le cas des Rouge et Blanc. Celui-là même qui s’est vu offrir une île grecque dimanche en guise de cadeau de mariage par la mégastar de son écurie, l’attaquant madrilène Cristiano Ronaldo.

Pour faire progresser leurs joueurs tout en les mettant en vitrine, ce qui permet d’espérer une bascule future sur le marché des transferts, l’ASM doit les faire jouer au haut niveau. Problème : l’ASM, comme toutes les équipes du monde, ne peut aligner que onze joueurs sur le terrain en même temps. Va pour des prêts tous azimuts, certains joueurs n’étant même pas programmés pour passer par l’équipe monégasque : on apprenait le même jour l’achat de l’attaquant stéphanois «à 145 de QI» (dixit sa mère, directrice d’école à Meudon), Allan Saint-Maximin, par Monaco, et son prêt à Hanovre. Une opération purement spéculative qui entraîna du reste le vrai-faux départ du directeur technique monégasque Luis Campos, en rogne contre un transfert qu’il juge surfacturé.

Au-delà du cas monégasque, les clubs de Ligue 1 apparaissent désormais réductibles à un hybride entre le tuyau (les joueurs passent le plus vite possible, puisque ce sont les mouvements qui enrichissent les agents) et la vitrine, entité flottante habitée par ceux qui l’habitent à un moment précis.

Même le lien unissant le club à son centre de formation est fragilisé. De nombreux clubs français établissent en effet des partenariats plus ou moins formalisés avec des centres étrangers, souvent situés en Afrique de l’Ouest (Sénégal, Côte-d’Ivoire, Mali…) : si le souci exploratoire est louable, il n’échappe à personne - et surtout pas aux associations qui s’intéressent au devenir des jeunes que le monde du foot laisse de côté - que les coûts y sont bien moindres que dans l’Hexagone, ces structures n’ayant pas pris l’habitude d’expédier un prof de maths au chevet d’un apprenti footballeur qui vient tout juste de se prendre une bulle dans la matière, comme on l’a vu faire en France.
PSG, Une balle dans le barillet

Dans ce contexte, le Paris-SG n’est pas malheureux : il abrite en son sein un émirat qatari à la stratégie claire - du soft power, le financement d’un club de foot étant moindre que l’entretien de bases américaines sur son sol - et dont les fonds sont traçables et tracés. Un club parisien qui a vu en juin l’UEFA lever les sanctions l’empêchant de recruter à loisir pour cause de fair-play financier. Voilà qui équivaut à remettre une balle dans le barillet : même contraint l’année prochaine à moins recruter pour cause de nouveaux déséquilibres entre dépenses et recettes, le PSG a l’occasion cet été de faire le plein avec de nouveaux joueurs.

Sinon, l’arrivée de l’ailier argentin Angel Di Maria et du gardien allemand Kevin Trapp prouve que l’entraîneur parisien, Laurent Blanc, prend du poids dans son vestiaire de superstars, ce qui souligne en creux l’érosion de l’influence de Zlatan Ibrahimovic. A l’échelle de la L1, les arrivées de Di Maria et Trapp n’ont aucun sens sportif : autant chasser les moustiques au AK-47. On aura compris que les Qataris voient bien au-delà.

Grégory SCHNEIDER et Licia FOUDALA
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MessagePosté le: Dim 9 Aoû - 08:06:02 (2015)    Sujet du message: Publicité

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