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L'Affaire Zacharias ... MDR !!!

 
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chtiga42
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MessagePosté le: Jeu 3 Aoû - 09:18:43 (2017)    Sujet du message: L'Affaire Zacharias ... MDR !!! Répondre en citant

L’AFFAIRE ZACHARIAS

En 1954, Joseph Zacharias est l’un des plus talentueux joueurs de la grande équipe de Hongrie, championne olympique en 1952 et récente finaliste de la coupe du monde.
Moins d’un mois après la finale perdue contre l’Allemagne de l’Ouest, un homme se présente au LOSC : il prétend être Joseph Zacharias lui-même, fuyant le régime communiste hongrois, et désirant poursuivre son métier en liberté, à Lille. Le président Lillois, Louis Henno, saute sur l’occasion et présente illico son nouveau joueur à la presse.
L’affaire du siècle ? Oui, s’il n’avait pas été un imposteur… On s’en rend vite compte lors d’un match amical auquel il prend part.

Nous sommes fin juillet 1954 (le 27 ou le 31, selon les sources). 
À la frontière franco-belge, à Rekkem, arrive un homme avec un fort accent d’Europe de l’est. Ses papiers sont en règle. Il dit être footballeur, et demande qu’on lui indique la route vers Lille. 
Quelques heures plus tard, rue du Molinel, au Moulin d’or, le café de Gaston Davidson, président des supporters du LOSC, le même homme se présente, visiblement harassé et l’air hagard :

_"Je voudrais voir le patron."
_"C’est moi", répond Davidson.
_"Je suis footballeur. Je m’appelle Zacharias, vous savez, l’international hongrois. J’ai fui mon pays, je veux jouer à Lille."

Davidson est un brin circonspect. Il offre une bière au vagabond, qui répète : « Je suis Joseph Zacharias (József Zakariás), le demi-gauche de l’équipe de Hongrie. Après la coupe du monde en Suisse, j’ai décidé de rester à l’Ouest. J’ai choisi la liberté et je voudrais continuer à jouer au football. Si possible à Lille : grande équipe, très connue… ». Une chose est certaine : Lille est en effet une grande équipe, qui vient de remporter le championnat de France 1954, un an après avoir enlevé la coupe nationale. Mais pour le reste : vraiment, Zacharias, une des stars du dernier Mondial, à Lille ? Le récit de l’individu, exprimé dans un français approximatif, est suffisamment crédible pour que Davidson l’emmène au siège du club, alors situé au café L’Aubette, rue des Ponts-de-Comines. On y manque de s’étrangler. Le président Louis Henno est prévenu et le voici rapidement sur place, flairant la bonne affaire : « Prévenez les journalistes, je fais une conférence demain à 11h, je présenterai l’équipe de la saison prochaine ». 

Petit détour historique

József Zakariás est un joueur du Vörös Lobogó (aujourd’hui le MTK Budapest FC). 
Il est surtout célèbre pour avoir été l’un des membres les plus éminents du « Onze d’or Hongrois », l’équipe nationale de Hongrie de la première moitié des années 1950, jouant un football novateur en 4-2-4, précurseur du football total des néerlandais dans les années 1970. 
Le « onze d’or Hongrois » est considéré comme l’une des équipes les plus performantes de l’histoire, étant notamment la première à battre les Anglais chez eux en 1953 (6-3), et avec une seule défaite entre 1950 et 1956 (en finale de coupe du monde, 2-3 contre l’Allemagne de l’Ouest, qu’elle avait pourtant battue en poules 8-3). 
Coéquipiers de Ferenc Puskas ou Sandor Kocsis, Zacharias y occupe le poste de milieu défensif (parfois défenseur), et y a déjà été sélectionné 35 fois.
Comment une telle star peut-elle se présenter d’elle-même pour être recrutée dans un club ? 
D’abord, à cette époque, les footballeurs ne sont pas des « stars » : au mieux, ce sont des vedettes, que les balbutiements de la télévision n’ont pas encore rendu familiers. Ensuite, un tel scénario est crédible en raison de la situation politique en Hongrie. 


D’abord, c’est où la Hongrie ?


La situation politique de la Hongrie, donc, est bien complexe au sortir de la guerre (mais bon, on peut dire ça d’à peu près tout le monde). 
En 1944, le pays est envahi à la fois par les soviétiques et les Roumains d’un côté2, puis par les Allemands de l’autre. Finalement, Soviétiques et Roumains parviennent à dégager en avril 1945 le chef du parti fasciste hongrois des Croix fléchées Ferenc Szálasi, que les nazis avaient placé à la tête du pays. 
Un totalitarisme chassant l’autre, voilà la République hongroise occupée par l’URSS, qui impose la présence de communistes au sein du gouvernement, si bien que le secrétaire général du Parti des travailleurs hongrois, Mátyás Rákosi, avec un joli score de 95,6%, accède à la tête de la Hongrie, qui devient République populaire de Hongrie le 20 août 1949, et ce jusqu’en 1989. 
Le régime de Rákosi est connu comme l’un des plus répressifs du bloc communiste en Europe : entre 1948 et 1953, moment où Rákosi est remplacé par Imre Nagy, près de 1 300 000 personnes comparaissent devant les tribunaux, qui prononcent 695 623 condamnations, allant de l’amende à la peine capitale, avec une moyenne de 116 000 par an. Pas mal pour un pays de 9,5 millions d’habitants. 
La mort de Staline en 1953 et l’arrivée de Nagy – qui passe pour un dissident réformateur au sein du Parti des travailleurs – laissent augurer des jours meilleurs, mais Moscou et les staliniens du Parti ne l’entendent pas de cette oreille : il est renversé en 1955, avant d’être rappelé un an plus tard, pour faire face aux protestations étudiantes, prélude à l’insurrection de Budapest dirigée contre le régime communiste lors de l’automne 1956. 
Il réclame une démocratie parlementaire et la fin de l’emprise soviétique. Si l’armée et la police le suivent, des chars soviétiques sont toujours présents en Hongrie et, à l’aide d’un coup d’Etat fomenté par son rival János Kádár, ils répriment durement l’insurrection de Budapest. 
Nagy permet que des dizaines de milliers de Hongrois s’enfuient par l’Autriche. Mais lui-même est arrêté, puis exécuté en 1958. Tout ça pour dire que tout gouvernement hongrois durable est condamné à être fidèle à l’URSS. 
La même politique se poursuit avec un caractère répressif plus ou moins accentué selon les périodes. Ainsi, il n’est pas farfelu d’imaginer que des Hongrois ayant fui leur pays errent à travers l’Europe à la recherche d’une vie meilleure, et la possibilité de quitter la Hongrie est particulièrement offerte aux sportifs internationaux.



Un accueil en grande pompe

Revenons à notre Zacharias. 
Son récit étant crédible, au vu de la situation politique, on l’accueille en grande pompe (ce qui ne signifie pas nécessairement qu’il a une grande pointure de chaussures  ). 
Et qui aurait assez de culot pour inventer une histoire pareille ? 
D’ailleurs, Zacharias annonce que ses coéquipiers József Tóth et Zoltán Czibor sont en route : ils ont pris un bateau aux Pays-Bas, et s’apprêtent à débarquer à Dieppe ! Ni une, ni deux, ni une-deux, Louis Henno appelle l’entraîneur de Dieppe et lui demande de récupérer les joueurs afin de les aiguiller aussi vers Lille ! 
En attendant la conférence de presse du lendemain, Henno chouchoute son nouveau joueur : tournée des meilleures brasseries, passage dans des boutiques de vêtements, recherche d’un appartement, versement d’un peu d’argent de poche. 
Il s’agit d’offrir un accueil digne du standing d’un récent finaliste de la coupe du monde.


Une conférence de presse délirante

Le lendemain, la presse est présente. 
Louis Henno se laisse aller à un spectacle théâtral, sûr de son petit effet : il est placé sur une estrade, surplombant les journalistes et, derrière lui, se trouve un tableau sur lequel figure la composition de la future équipe du LOSC, celle qui défendra son titre lors de la saison 1954-1955. 
Mais le tableau ne compte que 10 joueurs : en effet, le défenseur néerlandais Corry Van Der Hart, ne veut pas revenir, à moins qu’on ne l’augmente de 10 000 francs. 
Henno refuse de céder, et le LOSC fera sans. De toute façon, il s’en fiche, son remplaçant est désormais trouvé. 
« Oui, Messieurs, Van Der Hart est réfractaire. Je vais vous présenter aujourd’hui celui qui va le remplacer ». 
Tirant un rideau derrière lequel un homme était caché, le président annonce fièrement : 
« Je vous présente le 11e joueur du LOSC, notre dernière recrue, l’international hongrois Joseph Zacharias, finaliste de la coupe du monde il y a tout juste un mois ». L’assistance est stupéfaite. 
« Si vous voulez lui poser des questions, je vous le laisse. Joseph Zakarias, qui est également ingénieur, parle 7 langues, dont le français ». 
Et notre Zacharias de se lancer dans le récit de ses aventures : il dit avoir 24 ans, s’est enfui de son pays, a beaucoup marché en traversant la Tchécoslovaquie, l’Allemagne et la Belgique. Il a même vendu une bague en or pour survivre. Puis il enchaîne sur son jeu : 
« Comme vous le savez, mon shoot est d’une puissance difficilement imaginable. Un jour, j’ai tiré sur un poteau et le ballon a explosé. Pire, une autre fois, le gardien a voulu s’interposer, il a pris la balle en pleine tête, il est décédé peu après ». 
Certains journalistes semblent dubitatifs, d’autant que ce Zacharias ne ressemble pas trop à celui qu’on connaît… Mais l’histoire est si belle, et Louis Henno semble si content… ! Le président ne s’inquiète même pas des éventuels problèmes que pourrait lui poser la fédération hongroise, qui vient de perdre un de ses joueurs pour pas un rond. 
L’important, pour le moment, c’est le match amical prévu le lendemain contre le FC Rouen, au cours duquel Zacharias pourra faire l’étalage de tout son talent.


Une performance mémorable

La rencontre a lieu à Cany-Barville, en Seine-Inférieure (aujourd’hui Seine-Maritime). 
Cette fois, Zacharias sème le doute dans l’esprit de ses équipiers. Dans le car qui les emmène au stade, il roule des mécaniques. 
S’adressant à André Strappe : « Surtout, ne te vexe pas si je marque un but de plus que toi » 
à Yvon Douis et Jean Vincent : « Vous en avez de la chance ! Avec moi vous aurez des ballons en or, et vous allez marquer plein de buts. Si ça ne va pas, passez-moi le ballon, je marquerai 2 ou 3 buts ! ». 
Les joueurs s’interrogent face à la prétention du nouveau venu. Dans le vestiaire, ça tourne carrément au sketch : 
Zacharias ne parvient même pas à lacer ses chaussures… 
Sur le terrain, Zacharias ne peut pas sauver les apparences très longtemps : il ne parvient pas à contrôler un ballon et, s’il en touche un, c’est pour bourriner dedans n’importe comment. 
Le public, nombreux pour voir la star, commence à pouffer. "Cerise sur l’Hitoto" : en cherchant à intercepter un ballon, il donne un violent coup de pied sur le genou de l’Autrichien de Rouen, Ernst Melchior, qu’il blesse sérieusement. Le match vire au pugilat et les gendarmes, prévenus par la direction du LOSC, interviennent. 



Le vrai Zacharias s’en mêle

En fait, à peu près au moment où le match débutait, les dirigeants Lillois ont reçu un télégramme de Budapest signé… Joseph Zacharias. 
Alerté de sa prétendue arrivée au LOSC, il indique qu’il est en Hongrie, où il se sent très heureux avec son épouse et ses enfants, précise qu’il n’a pas 24 mais 30 ans, et transmet ses amicales salutations. 
Louis Henno est furieux d’avoir été berné, et d’être désormais la risée de la France entière. Personne n’est content, et même "Bouddha peste". 
Notre ami, face aux gendarmes, prétend désormais être le frère de Joseph Zacharias : 
« Si j’ai agi ainsi, c’est parce que je suis à bout de ressources et que j’avais besoin d’aide ». 
Les gendarmes demandent les papiers de l’usurpateur, une idée intéressante que Louis Henno n’avait pas eue. 
Et le télégramme est arrivé trop tard pour empêcher la titularisation de… Josef Veres, un légionnaire tchécoslovaque qui a déserté, de retour d’Indochine. 
Il en sera bon pour deux mois de prison.
Joseph Zacharias (le vrai) est décédé en 1971. Mais, pour l’éternité, du côté de Lille, on se rappellera avec hilarité cette histoire dont il a été le protagoniste involontaire.



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MessagePosté le: Jeu 3 Aoû - 09:18:43 (2017)    Sujet du message: Publicité

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rick
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MessagePosté le: Jeu 3 Aoû - 10:24:16 (2017)    Sujet du message: L'Affaire Zacharias ... MDR !!! Répondre en citant


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renelelillois
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MessagePosté le: Jeu 3 Aoû - 11:13:25 (2017)    Sujet du message: L'Affaire Zacharias ... MDR !!! Répondre en citant

Okay Okay Okay Okay
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Ignacio
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MessagePosté le: Jeu 3 Aoû - 11:31:48 (2017)    Sujet du message: L'Affaire Zacharias ... MDR !!! Répondre en citant

C'est vrai que le président Henno, surnommé louis XIX, c'est dire. était un entêté, il a quand même refusé Kopa parce qu'il n'était pas assez costaud et Kubala avant qu'il ne propose ses services au Barça...

http://www.vivelelosc.fr/t4789-Lille,-son-stade-d’autrefois-et-son-histoire…

1948/49 : La cata

Le président Henno (apparemment un sacré radin) a raté le plus beau transfert de sa carrière de dirigeant en refusant les exigences financières (pourtant raisonnables) de Ladislas Kubala, n°9 hongrois, qui allait devenir la star du FC Barcelone et du foot espagnol...
Il refusera aussi, plus tard, d'engager Raymond Kopa, parce qu'il ne le trouvait pas assez costaud...






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C'est parce que la vitesse de la lumière est supérieure à celle du son, que certains ont l'air brillants avant d'avoir l'air cons.

À notre époque, sembler con est la meilleure façon de passer inaperçu.
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MessagePosté le: Aujourd’hui à 08:52:29 (2017)    Sujet du message: L'Affaire Zacharias ... MDR !!!

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